Appel de Louis XVI aux Français

Voici la notice que nous avons rédigée au sujet du manuscrit de l'Appel à la Nation, de Louis XVI.  

Ce manuscrit a été entre nos mains durant longtemps ; il est maintenant (2010) dans la plus grande collection privée relative à Louis XVI.   

 

Nota bene : ce manuscrit n'est pas de la main de Louis XVI. Il est dû à un secrétaire, à un copiste    professionnel.  

 

Manuscrit de l'Appel de Louis XVI à la Nation française contre sa condamnation à mort,  

deux jours avant l'exécution.  

 

 [Louis XVI, Malesherbes, Grouber de Groubentall]. Appel de Louis XVI, Roi de France, à la Nation, Contenant ses défenses et ses moïens, tant sur l'accusation portée contre lui par la Convention Nationale, que    contre le décret de mort par elle prononcée le 17 janvier 1793. Paris, 19 janvier 1793.  

 

Un registre manuscrit in-folio, relié sous cartonnage de papier marbré; [4]-249 pages entièrement manuscrites.  

 

L'ultime défense du Roi Louis XVI   !  

 

Dès la mi-décembre 1792, alors que le procès instruit contre lui laissait présager une issue aussi injuste que fatale, le Roi    Louis XVI, conseillé par son avocat Malesherbes, résolut de préparer un Mémoire pour soutenir l'appel qu'il ferait à la Nation française dans le cas    très probable où il serait condamné à mort. En deux semaines, le Roi rassembla ses idées & souvenirs et conçut avec Malesherbes le plan de cet Appel qui fut ensuite rédigé en détail par Marc Ferdinand Grouber de Groubentall, ancien avocat au parlement de Paris. Le texte en fut achevé aux environs du    15 janvier 1793. Ce même jour, la Convention (accusatrice & juge !) décréta que son jugement ne serait pas soumis à la ratification du peuple. En conséquence, le lendemain 16 janvier, Louis    XVI donna mandat à ses défenseurs de déclarer à la Convention qu'il interjettera appel à la Nation. Le 17 janvier, la mort fut votée, et le rejet de tout appel confirmé. C'est le surlendemain, 19    janvier, que Louis XVI, espérant peut-être que la sentence ne serait point exécutée, mit la dernière main au texte de son Appel, et qu'il décida, en    accord avec Malesherbes et Groubentall, de le livrer à l'impression afin de le diffuser dans toute la France. Ce fut J.-J. Rainville (imprimeur, rue de Seine, faubourg Saint Germain, petit hôtel    de Mirabeau, n° 450) qui fut choisi pour mener à bien cette impression. Un premier jeu d'épreuves en feuilles sortit des presses, pour être relu & corrigé par Groubentall en guise de "bon à    tirer", avant de lancer l'impression en série. Entre temps, le sursis à exécution fut rejeté, et le Roi Très-Chrétien fut guillotiné (21 janvier, à 10 h 22, place Louis XV). Par peur d'être    poursuivi, et cet Appel devenant inutile, Groubentall renonça à l'impression, et conserva ce jeu d'épreuves sur lequel il écrivit par la suite : «     exemplaire unique en épreuves, sauvé lors de mon arrestation le 27 mars 1793 ». À la Restauration de la Monarchie, il présenta cet imprimé unique à Louis XVIII. C'est ce jeu d'épreuves    unique qui servit à une nouvelle édition en 1837 (dans la Revue rétrospective, ou Bibliothèque historique, 2e série, tomes IX à XI, 1837); il est    aujourd'hui conservé dans la Réserve des livres précieux de la Bibliothèque nationale (cote RES-LB41-5145).  

 

Comme indiqué in fine, notre manuscrit, qui est écrit à deux mains non    identifiées (probablement des secrétaires), a été « collationné sur l'exemplaire unique imprimé » (à savoir le jeu d'épreuves). Il est annoté & modifié en plusieurs endroits (de la main de    Grouber de Groubentall), et fut signé in fine par lui. Il a été en outre enrichi, sur les deux feuillets initiaux, d'un Avertissement destiné à figurer en tête de la première édition, édition qui ne vit jamais le jour.  

 

Cet Appel de Louis XVI n'est pas une simple plaidoirie d'avocat. C'est un écrit    véritablement personnel, composé à la première personne : c'est le Roi qui parle. Si l'analyse & la mise en forme juridique en    reviennent à Malesherbes & à Groubentall, les idées émises sont assurément celles de Louis XVI lui-même. Le Roi y expose le cours de son règne, depuis son accession au Trône jusqu'à son    procès. Il y passe en revue tous les événements révolutionnaires et pré-révolutionnaires ; il présente son attitude, il légitime ses idées, il défend ses décisions. Cet Appel est une vaste fresque historique, où tous les événements sont mis en lumière, les personnages présentés sous des angles variés, et le cours de la    révolution dessiné tant dans son ensemble que dans ses moindres détails. Cet Appel est véritablement l'œuvre de Louis XVI, mise en forme par Malesherbes et rédigée par Groubentall.  

Il s'agit probablement de la première grande "rétrospective historique" sur la révolution (dite "française").  

 

Écrit par la personne la plus autorisée qui soit, la plus directement visée, et qui en fut la plus auguste victime, cet Appel est un monument majeur de la révolution.  

 

Connu par un seul exemplaire imprimé, cet Appel manuscrit de Louis XVI est un document encore nouveau, largement méconnu de l'historiographie, et dont les leçons restent à tirer. On y suit pas à pas le déroulement de la révolution, et les pensées intimes du Roi ressortent clairement.  

 

Ce que nous avons en main, c'est non seulement le manuscrit de l'ultime défense du Roi outragé; mais c'est aussi la plus émouvante fresque des événements révolutionnaires, vus & jaugés par le Roi en personne.  

 

Analogiquement : Louis pense, Malesherbes conçoit, Groubentall rédige : au final, Louis parle.  

 

***  

 

Marc Ferdinand Grouber de Groubentall de Linière (1739-1815), fils de Ferdinand Joseph Grouber de Groubentall (né à Gratz en    Styrie en 1699, mort à Paris en 1765) et de Marie-Anne Boutinot de Plainville, avait épousé Claudine Rosalie Boivin, dont il eut Joséphine Marie Rosalie & Madeleine Antoinette Sophie. En    1760, il fit paraître à Genève une plaquette intitulée Irus, ou le savetier du coin. Ami de l'abbé du Laurens avec qui il écrivit les fameuses Jésuitiques, il fut mis trois mois à la Bastille en 1762 pour avoir contribué au débit d'un poème licencieux (Le Balai). Il devint ensuite avocat au Parlement, et publia divers ouvrages sur les finances et le gouvernement : • Observations critiques en faveur du roi et de son peuple, sur l'ouvrage de M. Richard-Des-Glannières intitulé : "Plan d'imposition économique et d'administration des finances" (1774) • La Finance politique, réduite en principe et en pratique (Paris, J.-F. Bastien, l'auteur, 1775) • Examen politique du compte-rendu au Roi, par M. Necker, directeur général des finances. Par M. Grouber de Groubentall, écuyer, avocat en la Cour. Manuscrit de    211 pages, daté de 1781, signé. Ce manuscrit fut publié plus tard dans un recueil intitulé Théorie générale de l'administration publiques des    finances (Paris, Visse, 1788) • L'Anti-moine, ou Considérations politiques, sur les moyens et la nécessité d'abolir les ordres monastiques en    France (1790) • Discours sur l'autorité paternelle et le devoir filial considérés d'après la nature, la civilisation et le pacte social (1791) • Principes élémentaires de gouvernement (1802) • Discours philosophiques, servant d'introduction aux législations civile et criminelle (1802).  

Selon Fontenelle, qui approuvait les idées novatrices de Groubentall, « son esprit avançait de quelques années ».  

Grouber de Groubentall mourut en 1815, juste après avoir présenté au Roi restauré le jeu d'épreuves imprimées de l'Appel.  

Quant à notre manuscrit, il fut conservé par Grouber de Groubentall, et après lui par sa fille Sophie. C'est elle qui, par une lettre du 22 novembre 1840, en fit remise à l'héritier de nos Rois.  

 

Extraordinaire témoignage du dernier combat juridique Louis XVI.  

 

Émouvant manuscrit,  

signé par l'un des avocats de Louis XVI.  

 

Insigne relique de l'immonde procès intenté contre le Roi  

durant les heures les plus sombres de notre histoire.  

 

« Comme on voit les couards animaux outrager  

le courageux lion gisant dessus l'arène,  

ensanglanter leurs dents et d'une audace vaine  

provoquer l'ennemi qui ne se peut venger ... »  

 

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Précisions (14 II 2012).  

Suite à divers messages, en particulier sur le site http://cril17.org/ , nous donnons les précisions suivantes dans le but de clarifier les choses et d'aider à la recherche :  

  

HISTOIRE DE CE MANUSCRIT

1) ce manuscrit n'est jamais passé dans une vente aux enchères.  

2) il a fait partie des collections du Comte de Chambord, depuis qu'il l'a reçu en don de la part de Sophie de Groubentall (1840). Lorsque je parle de « l'héritier de nos Rois » en 1840, il ne peut en effet s'agir que du Comte de Chambord, et non pas de l'infâme rejeton orléaniste.  

3) dans les archives du Comte de Chambord, nous n'avons trouvé aucune mention d'un manuscrit autographe de Louis XVI. Il est très vraisemblable que le Comte de Chambord ne possédait pas l'Appel à la Nation écrit de la main de Louis XVI (si tant est qu'un tel manuscrit ait existé).  

       

LES DEUX GROUBENTALL

Je n'ai aucune opinion sur la façon de départager les deux Grouber de Groubentall (Marc Antoine et Marc Ferdinand). Si les    excités n'avaient pas brûlé l'état-civil de Paris en 1871, nous pourrions nous y référer pour démêler la généalogie de cette famille. En tout état de cause, Sophie (qui donna au comte de    Chambord le manuscrit signé par son père) est bien la fille de Marc Ferdinand Grouber de Groubentall, avocat en parlement, et de sa femme Claudine Rosalie Boivin. Preuve en est cet acte    de 1773 rapporté ici :  

    http://doc.geneanet.org/registres/zoom.php?idcollection=103&page=457&r=1&Larg=2560&Haut=1600  

« ... Me Marc Ferdinand Grouber de Groubentall, écuyer, avocat au Parlement, lequel a juré et affirmé véritable l'inventaire fait ... après le décès de deffunte De Claudine Rosalie Boivin son épouze ... daté au commencement du vingt neuf présent mois ... comme tuteur de Delle Joséphine Marie Rosalie et Madeleine Antoinette Sophie Grouber de Groubentall, ses deux filles mineures, habiles à se dire héritières ... de ladite deffunte De leur mère. ».  

Il n'est donc pas contestable que le signataire du manuscrit soit Marc Ferdinand, et non pas Marc Antoine GdG.  

 Lorsqu'il me sera donné de pouvoir à nouveau consulter ce document, je ferai une photographie de la signature de Grouber de Groubentall qui y figure, et je la communiquerai.  

       

Le « M. Gouber de Groubentall, écuyer, avocat au parlement de Paris » qui écrivit le livre intitulé « La finance politique, réduite en principe et en pratique, pour servir de sistême-général en finance » (Paris, Grangé et l'auteur, 1775), est Marc Ferdinand et non pas Marc Antoine. En effet, le privilège du Roi indique bien : « notre amé le sieur Marc-Ferdinand Grouber de Groubentall nous a fait exposer ... ».  

       

L'AUTEUR DU TEXTE

Je maintiens que l'inspirateur du texte est bien Louis XVI. Mais je ne saurais dire si le Roi en fut le rédacteur proprement dit. Il me semblerait plutôt que ce soit Grouber de Groubentall, d'autant plus que celui-ci a apporté des corrections au texte original ...  

Il me semble donc qu'il n'a pas existé un document entier de la main de Louis XVI. Mais tout au plus un plan, quelques éléments, que Grouber s'est chargé de mettre en forme. N'oublions pas qu'il s'agit d'un document juridique. Lorsqu'un avocat plaide pour son client, il n'hésite pas à dire « Je n'ai pas commis ce crime » ou « Nous sommes innocent de ce dont nous sommes accusés ». Le fait que cet Appel soit composé à la 1ère personne (JE), n'implique pas que sa rédaction en soit imputable au Roi.

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